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Le 1er septembre 2022

8 minutes de lecture

Dans l’œil d’un photographe automobile : expérience et conseils d’un professionnel

William Crozes est photographe automobile depuis plusieurs années. Il travaille notamment pour l’agence Continental avec qui Peugeot a collaboré sur plusieurs campagnes. Pour The Magazine, il a accepté de nous livrer son expérience. Il nous a également donné quelques conseils que vous seriez bien avisés de consulter si vous voulez réussir vos propres photos de voiture ! 

Quelle est la spécificité de la photographie automobile ? 

La spécificité de la photographie automobile est de sublimer un objet très compliqué à mettre en valeur sur le plan technique. En effet, il s’agit d’un objet à la fois réfléchissant et transparent avec le vitrage, il y a également du chrome, de l’alu brossé, des matières noires comme les pneus, des réflexions à travers les signalétiques (feux et phares), etc. Finalement, toutes les matières les plus compliquées à photographier sont rassemblées en un seul objet ! 

Quelles  valeurs pensez-vous partager avec la marque automobile PEUGEOT ?

J’aime les valeurs d’audace, d’authenticité, de respect et d’engagement chez Peugeot. Je pense que ce sont des valeurs auxquelles j’aspire à la fois dans la pratique du rugby et dans ma vie personnelle.

Une autre spécificité du métier est de savoir comprendre les attentes des différents services de la marque avec lesquels le photographe collabore. Il s’agit de bien comprendre les attentes de la communication, du marketing et du design. Le photographe doit savoir se positionner comme un « chef d’orchestre » pour pouvoir répondre à tous les besoins.

 

Il est important de préciser que la photographie automobile est un travail d’équipe, en étroite collaboration avec les sociétés de production. L’expertise de la société de production se conjugue à celle du photographe : cette association est essentielle pour mener un projet à terme car les difficultés logistiques sont tellement importantes (transporter des véhicules parfois à l’autre bout du monde, faire face aux caprices de la météo, etc.).  

Alors, justement, quelle est votre part de créativité face aux différentes obligations du brief et du cahier des charges lors d’une campagne de publicité ? 

Le brief du client donne des indications sur l’ambiance souhaitée (par exemple, un décor aride ou au contraire très vert, nordique, pluvieux ou même enneigé) : libre à nous de proposer une destination, un lieu ou un autre. Ces dernières années, les demandes ont évolué : avant, on se contentait de mettre la voiture dans de beaux paysages et de sublimer son design. Désormais, les constructeurs automobiles veulent aussi inscrire leurs véhicules dans un environnement urbain, avec toutes les difficultés de confidentialité que cela induit. Il y a également des demandes de décors architecturaux : il s’agit d’inscrire la voiture dans un cadre privé comme une belle maison d’architecte. La recherche de lieux occupe donc une part de notre travail de plus en plus importante. 

 

Par ailleurs, face à la tendance croissante du « lifestyle », nous devons souvent inclure des personnages (un homme, une femme voire une famille) pour ancrer l’automobile dans la vie réelle. 

Comment faites-vous pour choisir le décor dans lequel le shooting se déroulera ? 

C’est le même procédé qu’au cinéma. Une première sélection est effectuée par une équipe de repérage puis, nous venons faire ce qu’on appelle « une deuxième passe » pour la sélection finale. Une fois qu’on a trouvé des lieux qui peuvent correspondre au client et qui respectent les exigences budgétaires, on fait appel aux boites de production locales qui peuvent, dans un premier temps, nous fournir des photos du lieu prises par leurs photographes sur place et archivées dans des banques d’images.

 

On soumet les diverses propositions au client. Lorsque la sélection est affinée, on envoie un « fixeur » local qui va aller repérer les différents décors choisis. Il est important de vérifier que le lieu est toujours compatible avec une prise de vue et ce n’est pas toujours le cas car parfois, il y a eu des constructions, la végétation a changé ou bien le site est en travaux. Parfois, le client demande encore d’autres propositions. Notre équipe ne part que lorsqu’on tombe d’accord sur un lieu avec le client. C’est seulement à ce moment-là que nous allons vérifier nous-même l’endroit. 

Depuis que vous exercez le métier de photographe automobile, quelles sont selon vous, les évolutions les plus marquantes ? 

Il y en a plusieurs mais je dirais que les deux changements qui ont révolutionné notre pratique de la photographie sont : la retouche et la 3D.

 

Pour la retouche, on dit, dans notre jargon professionnel, qu’on « composite ». C’est-à-dire qu’on va modifier le décor d’origine, pour l’améliorer ou pour l’épurer car il peut y avoir des poteaux par exemple, un dépôt de poubelles ou n’importe quoi de gênant pour nous.

 

L’avènement de la 3D est également majeur dans l’évolution du métier. On commence par shooter les décors et on vient intégrer la voiture par la suite en 3D. Les raisons pour utiliser cette technique sont diverses :

 

  • Les voitures ne sont pas toujours prêtes en temps et en heure.  
  • S’affranchir d’une logistique parfois très lourde. Désormais, une petite équipe est suffisante pour aller shooter des fonds à l’autre bout du monde sans avoir besoin de déplacer des voitures.
  • S’affranchir de la météo.
  • Améliorer la créativité : grâce à la 3D, on peut placer les voitures dans des endroits où la prise de vue serait impossible ou trop onéreuse à réaliser dans la réalité.  

Sur quels projets avez-vous collaboré avec Peugeot ? Quel est celui qui vous a le plus marqué ? 

J’ai participé à plusieurs campagnes Peugeot : le Peugeot e-PARTNER et le e-RIFTER, Peugeot 508 PSE et la voiture de course 9X8. 

 

 

La campagne la plus marquante a été celle de la Peugeot 508 PSE. Tout d’abord, elle était longue : elle e duré 12 jours. En plus, elle s’est déroulée pendant le confinement donc c’était compliqué pour la production : les hôtels étaient fermés, ils n’ouvraient que pour nous … Et surtout, on shootait en montagne ! On était au col de la Bonnette qui est la route la plus haute d’Europe à environ 2 800 mètres d’altitude. Les conditions étaient très difficiles, il était tombé au moins 50 cm de neige et il faisait très froid mais la cohésion de groupe était géniale ! Il y avait une atmosphère incroyable ! 

Quels conseils pourriez-vous donner à tout ceux qui veulent réaliser de belles photos de leur voiture, pour poster sur les réseaux sociaux notamment ? 

Dans un premier temps, il faut essayer de comprendre pourquoi la voiture a été dessinée comme ça : qu’a voulu dire le designer et quels sont les points forts de la voiture ?

 

Ensuite, il faut respecter l’harmonie de la voiture. Le grand angle à outrance, beaucoup utilisé sur les smartphones, est vraiment à proscrire car il déforme trop l’image de la voiture.

 

Une autre chose importante : se mettre à la hauteur de la voiture. Il faut arrêter de photographier à hauteur d’œil. 

Enfin, il y a une règle de base à connaître en photographie : on trouve les plus belles lumières naturelles juste avant le lever du soleil et juste après le coucher du soleil. 
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